Témoignage – @FredeBarteau

Elle : « Vous allez avoir quel âge ? »
Moi : « 44 ans ! »
Elle : « Des antécédents familiaux ? »
Moi : « Oui ! »
Elle : « Je fixe le rendez vous pour vous semaine prochaine ! »
Ca y est ! Je ne peux plus y échapper. Elle a tout pris en main. Le lieu, le jour, l’heure. Semaine prochaine ? Si vite, trop vite. Je n’ai même pas le temps de m’y préparer. Je sais qu’il faut y aller. La veille au soir de ce fichu rendez vous, je suis morte trois fois. Une fois de peur. La seconde, dans un cauchemar. Je n’avais plus de cheveux. La troisième c’était d’un cancer des poumons. Je fume. Beaucoup. Trop.
Le réveil ce jour là fut douloureux. Je crois que j’ai bu beaucoup, trop. J’ai appelé l’homme que j’aimais. Je voulais lui faire mes adieux. Pas pour ma mort du lendemain, mais parce que je sais qu’une fois l’annonce faite, vous êtes seule. Seule dans votre combat contre la maladie. Pourquoi mêler à cette horreur des gens beaux, en parfaite santé, avec leurs propres problèmes ? Pourquoi le mêler à ça ?
J’ai failli annuler le rendez vous. En prétexter un plus urgent. Finalement, en dernière minute, en tremblant, je suis montée dans ma voiture. J’ai failli ne pas trouver le cabinet de radiologie. Je me suis un peu perdue. Puis non. J’y étais. Au guichet, comme dans une banque. La gynécologue avait bien fixé le rendez vous mais avec une erreur sur mon nom. On ne me trouvait pas. Un premier soulagement. « Je reviendrai, pas de problème. »
« Attendez quelques minutes, je vois avec le docteur ! ». J’attends. Pas très longtemps en fait. « C’est bien votre rendez vous, nous avons vérifié. Vous devez juste vous déshabiller et entrer dans cette cabine. » Je ne vais pas vous refaire la séance, c’est précisément le sketch de l’humoriste Michèle Bernier. Sauf que je n’ai pas ri. Le sketch, jusqu’au bout. Jusqu’au moment où le toubib vous reçoit pour une palpation de contrôle et vous annonce « Tout est parfait ! ». Des jours, des minutes, des secondes d’angoisse pour apprendre que vous n’avez rien. J’ai embrassé les filles au guichet avant de rentrer chez moi. Impossible de travailler après une telle épreuve. J’étais épuisée. Mais je n’avais rien. Rien de rien.
A cet instant, j’ai pensé à toutes mes amies qui elles, avaient. Avaient ce fichu cancer, n’avaient plus de cheveux. Voire plus de seins. Ou un nouveau. Après tant de douleurs, de souffrances. J’ai pensé à celles qui avaient laissé des familles démolies derrière elles. Des loulous orphelins. Des maris désemparés.
Évidemment j’ai toujours participé à ma manière à la lutte contre cette maladie. Un don par ci, par là. J’ai suivi les campagnes de communication, je connais les associations. Je les ai même partagées sur mes réseaux sociaux. Mais jamais, je n’ai montré symboliquement mon soutien. Je vais avoir 45 ans. Je suis née en Octobre 1968. L’année est symbolique. Le mois encore plus, puisqu’il est devenu le mois « rose ». Le 10 de ce mois, je fêterai mon anniversaire. Je le sais déjà pas drôle. Mais ça, c’est une autre histoire. Et le 10 de ce mois, je participerai à l’opération « Montrez-nous le vôtre ! » Parce que je n’ai rien. Rien de rien. Heureux cadeau pour cet anniversaire. Parce que je ne me sens pas courageuse face à tout ça. Mais fière d’être associée à un tel projet. Oui, fière.

Frédérique Barteau

@FredeBarteau

2 réflexions sur “Témoignage – @FredeBarteau

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s